« Ils [les experts] identifient deux domaines fragiles [face à l’IA] : l’infogérance et les applications professionnelles. Comble de malchance, deux des grandes spécialités d’Atos. »
Voici le couperet qui tombe sur l’un des géants du numérique français. L’article du Monde décrit par le menu la chute de ce géant parmi d’autres, qu’une suite de mauvais choix a plongé dans les abysses de la loose capitaliste : le démantèlement.
L’entêtement d’Atos est pointé du doigt. Focalisé sur des activités d’infogérance rendue has-been par le cloud ou se tournant tardivement vers l’outsourcing de travailleurs en Inde, cette triste fin en dit beaucoup sur les tendances de fond de la tech. Mais peut-on réellement se réjouir de cette trajectoire que prend le numérique ? Ce n’est pas tant d’orgueil que le groupe français a pêché, mais plutôt d’une mauvaise adaptation à un environnement de marché dont les finalités n’ont rien d’appétissantes. Attardons-nous sur quelques effets délétères des tendances que cet article décrit en creux.
L’avènement du cloud : ultra-pratique car permettant de se passer de toute maintenance de serveur, le cloud peut être également vu comme une recentralisation. En effet, avant l’ère du cloud, les serveurs étaient physiquement indépendants les uns des autres, décentralisés donc, et n’étaient interconnectés que par leurs échanges de données en flux continu. La concentration matérielle amenée par le cloud est aussi une privatisation de l’espace virtuel, dont les propriétaires tirent une rente typique des effets de péages, ce qui n’est pas sans poser quelques questions vis-à-vis de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée.
La délocalisation du travail : si le travailleur indien est souvent mal considéré par ses homologues français, force est de constater que ces travailleurs du numériques accomplissent leurs tâches avec brio étant donné l’importance qu’à prise cette pratique d’externalisation dans les performances des grosses ESN. Il s’agit d’un grand classique de mise en concurrence des travailleurs entre eux (étrangers ou non d’ailleurs). En embauchant des gens qui font le même travail, mais qui ne sont pas en position de prétendre à une rémunération égale à celle de leurs collègues, on réalise de grandes économies et on maximise la plus-value. Faut-il rappeler que la structure de coût d’une ESN est avant tout constituée de salaires ?
Enfin, l’article s’interroge sur l’IA et les promesses d’automatisation du développement informatique. Il est trop tôt pour savoir si cela se réalisera effectivement ou s’il s’agira d’une énième bulle, mais nous savons déjà ce que l’automatisation du travail inflige communément aux travailleurs. Loin de faire disparaitre leur travail, c’est une intensification des cadences, un accroissement de la pression au résultat et surtout une déqualification du travailleur qui doit accepter des conditions de travail moins favorables pour conserver son emploi qui s’opèrent. L’IA est donc peut être le début d’une prolétarisation du développeur. Lui qui est actuellement le grand gagnant du salariat risque de peu apprécier le déclassement.
Sous des apparences nouvelles, ces phénomènes sont en réalité des grands classiques du capitalisme, la concentration des services mène inexorablement à un oligopole pourtant contraire aux doctrines économiques en vigueur.
Chez Spirale, on cherche à lutter contre ces tendances en privilégiant les logiques de mutualisation et de coopération qui sont actuellement en mesure de créer un autre rapport au travail et au numérique.
Référence : Atos , l’hubris et la chute, Le Monde